Regard sur les Etats-Unis
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vendredi 3 octobre 2008

Les Entretiens de REU : Marjorie Paillon, journaliste et rédactrice en chef d'Ilovepolitics

Cette semaine, Regard sur les Etats-Unis est allé à la rencontre de Marjorie Paillon, journaliste politique à BFM Rafio et BFM TV, et auteur de « John McCain, le survivant » paru en septembre 2008 aux éditions Alphée. Marjorie est également fondatrice et rédactrice en chef de Ilovepolitics.info qui décrypte quotidiennement l’actualité et les buzz de la campagne présidentielle américaine.
REU : En tant que journaliste ayant exercé aux Etats-Unis, quel regard portez-vous sur la couverture par les médias français de la campagne électorale de John McCain ? (ou en d’autres termes, estimez-vous que les médias traditionnels couvrent de manière objective la campagne présidentielle américaine ?)
M. Paillon : Je pense que la neutralité n’existe pas totalement en matière de journalisme. Mais cette année, les journalistes français travaillant sur la campagne présidentielle américaine disposent de tous les outils possibles pour comprendre comment fonctionne cette campagne. Avec le développement d’internet, nous disposons de plus en plus de sources fiables pour suivre cette campagne de façon stable et continue. C’est la raison pour laquelle, je pense que nous devrions avoir de moins en moins de chance de nous tromper dans le traitement de celle-ci.
Depuis le début de la campagne, les médias se sont beaucoup focalisés sur Barack Obama. Il s’agit d’un candidat incroyable, qui a des qualités exceptionnelles et qui a su motiver un électorat qui n’était pas intéressé par la politique auparavant. C’est un candidat nouveau et les médias se dirigent donc naturellement vers lui. Maintenant, il y a tout de même un autre candidat dans la campagne pour la présidentielle qui s’appelle John McCain. Le candidat du parti républicain a une histoire à part entière, tout à fait originale et toute aussi intéressante, sinon plus, que celle de Barack Obama. L’idée de mon livre était donc de pouvoir raconter cette histoire là.
Mais la façon dont les médias français couvrent la campagne de John McCain, est parfois décalée par rapport à la réalité de la campagne sur le terrain. Ils ont tendance à aller vers le changement, vers le candidat qui apporte la nouveauté et sur lequel on va pouvoir écrire. Ce candidat, cette année, est Barack Obama et non John McCain. Ce dernier avait eu ce statut en 2000, lors de la campagne qui l’avait opposé à George W. Bush. Mais la façon dont John McCain est traitée dans les médias français est forcément influencée par la manière dont les médias américains couvrent cette campagne. Cette année, les médias ont très nettement pris fait et cause pour Barack Obama. Cela ne veut pas pour autant dire qu’il sera élu.
Le vrai problème, selon moi, est que l’on a tendance à s’enthousiasmer et à anticiper la victoire d’un candidat alors que l’on ne dispose pas des clés pour décoder la réalité sociologique américaine. Mais du fait des nouveaux moyens de communication, j’espère que lors des dernières semaines de campagne, les médias accorderont de l’importance à la candidature de Barack Obama mais aussi à John McCain, en le traitant à sa juste valeur, et notamment en allant voir à quel type d’électorat il s’adresse.
Il faut également préciser que l’on parle ici d’une élection américaine et qu’aux Etats-Unis toute tendance peut se retourner à tout moment.


REU : Il y a encore quelques semaines, avant que l’économie ne fasse son grand retour dans la campagne, Barack Obama ne parvenait pas à nettement distancer John McCain. Pourtant, l’Amérique se porte beaucoup plus mal depuis les deux mandats de George W. Bush, qu’est ce qui selon vous empêchait Barack Obama de distancer son adversaire ? Les qualités de John McCain, ou l’incapacité de Barack Obama à rallier les électeurs du parti démocrate ?
M. Paillon : C’est sûr qu’il s’agit d’une élection à ne pas perdre pour les démocrates (surtout depuis l’éclatement de la crise financière qui illustre parfaitement ce que l’Administration Bush n’avait pas su anticiper).
Mais il faut d’abord se souvenir de la manière dont Barack Obama a remporté la nomination du parti démocrate. Il a gagné contre Hillary Clinton. Or le phénomène Obama est arrivé plutôt tardivement dans la campagne pour l’investiture du parti démocrate. C’est son incroyable capacité à motiver les électeurs, non seulement démocrates mais également indépendant (qui se sont exprimés lors de ces primaires), qui lui a permis de l’emporter contre Hillary Clinton.
Mais en ce qui concerne la campagne pour l’élection présidentielle contre John McCain, tout est différent. Car si le parti démocrate a tout les raisons pour remporter l’élection présidentielle de novembre, on a l’impression qu’il manque quelque chose. Si Barack Obama voulait être assuré de remporter l’élection, il faudrait qu’il distance son adversaire dans les sondages avec une marge de 10 à 15 points d’avance. Qui plus est, cette marge devrait être constatée sur des sondages significatifs, c'est-à-dire ceux effectués sur des électeurs enregistrés et ayant voté les années précédentes. Or même s’il est entrain de creuser l’écart sur John McCain, il n’y ait pas parvenu. Une marge d’écart de 3 à 5 points est très insuffisante au niveau national pour être assuré de l’emporter.
Comment peut-on alors expliquer que Barack Obama ne parvienne pas à distancer John McCain, alors que l’on se situe en pleine crise économique et que le candidat républicain affirme lui-même qu’il ne connait pas grand chose sur ce sujet ?
Il y a d’abord le fait que les Américains ont fondamentalement peur lors de cette élection. Ils l’entendent à longueur de journée : il s’agit d’une élection historique. Ils doivent faire un choix crucial pour l’Amérique. Or il n’est pas sur qu’ils aient envie de le faire. On est en pleine crise économique, et ils sont en attente de savoir lequel des deux candidats pourra apporter la meilleure solution pour préserver les économies à la banque et éviter à ces dernières de faire faillite. Qui pourra les préserver d’une saisie de leur maison ? Sur ce point, on ignore lequel des deux prétendants parviendra à les convaincre.
John McCain a été choisit car il se plaçait en rupture avec le système Bush (contrairement aux autres candidats qui se présentaient cette année lors des primaires républicaines). Alors certains répètent qu’il a voté à 99% en faveur des propositions de George W. Bush au Sénat durant la dernière année de son mandat. C’est le cas, mais il ne faut pas oublier qu’auparavant, il s’était opposé à George W. Bush à chaque fois qu’il l’estimait nécessaire pour le bien de son parti ou pour celui de son pays. C’est véritablement sa « marque de fabrique », sa façon de procéder : savoir transgresser les lignes du parti lorsqu’il l’estimait nécessaire. Mais ces derniers temps, il a su véritablement revenir vers son propre parti de manière à pouvoir obtenir la nomination de son parti quelques années plus tard. Il s’agit d’un calcul politique. Mais il faut bien souligner que le fait de l’avoir désigné comme candidat du parti républicain est déjà une marque de rupture par rapport à l’Administration Bush de la part de cette formation politique.
Par conséquent, si Barack Obama l’emporte en novembre, ce sera forcément par rapport à l’état actuel du parti républicain. Celui-ci est dans un tel état de détresse politique, qu’ils ont le choix de se « saborder » politiquement parlant ou de se redresser. Mais encore une fois, je tiens à préciser que l’engouement incroyable à l’égard de Barack Obama à l’étranger, n’est pas forcément partagé sur le sol américain. Et si les chiffres des sondages publiés cette semaine se confirment, le 4 novembre prochain, il s’agira d’une élection très serrée. Mais tout peut encore changer d’ici là. Car si les Américains ont besoin de changement, ils craignent que Barack Obama ne réalise trop de réformes en même temps.
Lors du scrutin, ils devront véritablement choisir entre le fait de faire table rase du passé et de confier l’administration à un candidat jeune qui prône le changement, ou de faire de nouveau appel au parti républicain.
REU : Alors que John McCain bénéficie dans l’opinion publique américaine d’une réputation de « maverick », c'est-à-dire de franc-tireur, d’esprit indépendant et de réformateur, le fait d’avoir choisit comme colistière Sarah Palin ne risque t-il pas de nuire à cette réputation ?
M. Paillon : Ça aurait pu être le cas, mais cela s’est dissipé durant les quelques jours qui ont suivi sa nomination. La désignation de Sarah Palin elle est très simple à comprendre : cela a permis à John McCain de s’assurer la fidélité de la base républicaine, qu’il n’avait absolument pas de son côté depuis le début de la campagne. Il s’est donc assuré la loyauté de la plupart des républicains évangélistes ainsi que de la National Rifle Association. Sarah Palin a donc permis de conforter cette base et de créer un effet de surprise destiné à re-densifier l’attention des médias. Il s’agissait d’un véritable « coup de poker ».
Mais comme vous avez pu le constater lors du discours d’investiture de John McCain à la Convention républicaine, celui-ci l’a redit : « je suis le maverick que vous avez toujours connu ». Il a même affirmé qu’il était prêt à constituer un gouvernement d’ouverture. Ces déclarations sont lourdes de sens. Si certains peuvent être sceptiques quant à l’efficacité d’un tel gouvernement, je pense que s’il y avait un Président qui pourrait y parvenir, ce serait John McCain. Il pourrait tout à fait se satisfaire d’une majorité démocrate et gouverner avec une administration républicaine, ou en tout cas nommer sur certains postes des secrétaires d’Etat venant d’une autre formation politique. Ce serait alors du jamais vu.
Mais John McCain essaie par tous les moyens de conserver cette carte du rebelle, cette carte du franc-parler parce qu’il sait que c’est sa « marque de fabrique ». Elle l’a toujours été dans sa carrière et son ascension politique. C’est comme ça que les médias ont commencé à le façonner dès 2000, et c’est comme ça qu’il a été présenté tout au long du mandat de George W. Bush (excepté durant les dernières années de son mandat). C’est pour cette raison qu’il se trouve dans une situation extrêmement compliquée en ce moment. D’un côté, il a besoin des fonds de l’Administration Bush et des levées de fonds organisées par le parti républicain, mais d’un autre côté, il sait qu’il doit jouer cette carte du « maverick ».


REU : Dans votre livre, vous expliquez que John McCain ne suscite pas beaucoup d’engouement chez les républicains. Vous disiez que 34% des électeurs prêts à voter pour lui n’étaient pas pleinement derrière lui. Or au moment de l’impression de votre ouvrage, John McCain n’avait pas encore désigné Sarah Palin comme colistière, ce chiffre a-t-il évolué depuis sa désignation ?
M. Paillon : Ces chiffres ont en effet évolué. De nouveaux sondages ont mesuré l’enthousiasme du parti républicain par rapport à leur candidat, désigné à la suite de la Convention républicaine. Grâce à la désignation de Sarah Palin, l’engouement du parti républicain pour John McCain surpassait l’engouement du parti démocrate envers Barack Obama. Ces chiffres soulignent que Sarah Palin a su galvaniser la base du parti républicain. Mais il est vrai que depuis cette désignation, John McCain s’est éloigné de l’électorat indépendant. Il est donc nécessaire d’analyser précisément les échantillons de personnes interrogées par les instituts de sondage de manière à étudier les tendances.
Mais encore une fois, je le répète, je pense qu’il s’agira d’une élection serrée. Je ne me livrerai donc à aucun pronostic.
REU : Pensez vous que l’adoption du Plan Paulson par les parlementaires puisse être favorable à John McCain ?
M. Paillon : Il faut préciser que les deux candidats ont été pris de court sur cette histoire. Personne ne s’attendait au premier rejet du Plan Paulson par les membres de la Chambre des représentants. Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de noter qu’en période de vacance du pouvoir, les élus s’éloignent des lignes de leur parti.
Mais rappelons que la semaine dernière, John McCain a suspendu sa campagne. Il s’est personnellement investi dans les négociations avec les émissaires de chaque parti, pour un résultat final plutôt décevant. Mais la situation actuelle est beaucoup plus compliquée pour lui que pour Barack Obama. En s’étant personnellement investi sur ce plan, à l’opposé de ses convictions en matière économiques, et en prônant l’interventionnisme étatique, John McCain a fait une grosse concession. Il a pris un énorme pari. Néanmoins, je pense que la situation est compliquée à gérer pour les deux camps.

vendredi 12 septembre 2008

Les Entretiens de REU : Yannick Mireur, rédacteur en chef de la revue Politique Américaine

A l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage (« Après Bush : Pourquoi l’Amérique ne changera pas ? » aux Editions Choiseul), Regard sur les Etats-Unis est allé à la rencontre de Yannick Mireur, politologue, spécialiste des Etats-Unis, fondateur et rédacteur en chef de la revue Politique Américaine.
Au cours de notre entretien, M. Mireur revient sur les derniers évènements de la campagne présidentielle et nous offre sa vision d’une Amérique qui doute.
REU : Dans votre dernier ouvrage (« Après Bush : Pourquoi l’Amérique ne changera pas ? ») vous affirmez que malgré la situation actuelle de l’Amérique et le bilan des 8 années de présidence Bush, les candidats démocrates et républicains à la présidentielle de 2008 risquent de ne pas pouvoir/vouloir changer profondément la politique du pays. Qu’est-ce qui explique, selon vous, le fait que les américains soient peu enclins au renouvellement ?
Y. Mireur : Ce n'est pas que les américains ne sont pas enclins au changement, bien au contraire, l'Amérique est une terre d'adaptation et d'innovation. Mais il existe des forces, des lignes de fond, que je crois assez immuables. Malgré leurs profils peu conventionnels, John McCain et Barack Obama incarnent chacun à leur manière cette permanence américaine faite de patriotisme, d'attachement aux valeurs familiales et de religiosité (ce dernier point étant plus vrai pour Obama que pour McCain).
L'Amérique qui ne changera pas, c'est aussi une mise en garde contre les attentes irrationnelles en Europe sur une « révolution Obama ». L’électeur démocrate devra prendre en compte les intérêts nationaux américains et suivre « grosso modo » une politique traditionnelle avec laquelle a rompu George W. Bush. Mais l'Irak sera un héritage inévitable et Barack Obama ne pourra pas, s'il est élu, replier les troupes du jour au lendemain. Au fond, sa position se rapproche assez désormais de celle de John McCain. Les réalités s'imposent.
REU : Alors que le mandat de George W. Bush s’achève, qu’y a-t-il à espérer de cette élection présidentielle ? De plus, beaucoup de choses ont changé ces huit dernières années, les américains se posent-ils des questions nouvelles qu’ils ne se posaient pas juste après les attentats du 11 septembre 2001 ?
Y. Mireur : Oui, l'angoisse liée à la mondialisation et à la transformation du capitalisme américain est devenue de plus en plus marquante. Le grand centre de classes moyennes créé par le New Deal de Franklin Roosevelt et qui puise dans les idées du Square Deal de Theodore Roosevelt (républicain qui fut le père du progressisme), est mis à mal. Santé et pouvoir d'achat sont deux points clés qui sont apparus avec beaucoup plus de netteté depuis 2 ou 3 ans.
REU : La population est-elle plus préoccupée par la situation en Afghanistan ou en Irak, ou par la crise économique et financière actuelle ? La question du réchauffement climatique préoccupe-t-elle vraiment les américains ?
Y. Mireur : Bien sur que la sécurité nationale préoccupe les américains et je pense qu'ils comprennent aujourd'hui l'erreur monumentale à avoir envahi l'Irak et délaissé le front afghan. Barack Obama avait vu juste sur ce point. Mais le terrorisme s'éloigne de leurs soucis tandis qu'en effet la sécurité économique s'impose. D'autant qu'ils ont conscience, pour partie, de ce que j'appelle « le choc des prospérités », c'est à dire l'intégration économique avec la Chine notamment. Cela affecte directement leur situation. Ils réalisent que la politique économique extérieure fait partie des éléments qui déterminent la santé du capitalisme américain. Les questions de redistribution sont au cœur du débat (notamment celles relatives à la fiscalité). Mais l'innovation technologique est un moteur des changements, plus encore que la "mondialisation" qu'elle alimente.
REU : Que vous inspire la désignation de Joseph Biden comme colistier de Barack Obama et de Sarah Palin comme colistière de John McCain ?
Y. Mireur : Tout d’abord, Joe Biden répond parfaitement à ce que recherchait Barack Obama, c'est-à-dire « un McCain » - un homme d'âge mur, expérimenté notamment en matière de politique internationale. En cas de disparition du Président, Joe Biden saura, je pense, prendre la relève. Par ailleurs, les relations personnelles entre les deux hommes sont bonnes, je crois, ce qui facilitera l'action d'un Président Obama. Enfin d'un point de vue électoral, Joe Biden attire des électeurs qui penchaient plutôt pour Clinton.
Quant à Sarah Palin, elle rassure l'électorat de droite qui n'aime pas John McCain car il est trop indépendant d'esprit et pas assez militant sur les questions de mœurs (gays, avortement...). Elle incarne une Amérique immuable, qui survivra à George W. Bush : celle des petites villes attachées à « l'authenticité » des candidats. Sarah Palin, c'est l'Amérique vraie, celle qui ne ment pas (elle a mis ses actes en accord avec ses principes suite à l'affaire de la grossesse de sa fille). Elle devrait par ailleurs, attirer les votes des électeurs indécis et des démocrates conservateurs. Ce choix est bon électoralement et symboliquement (Sarah Palin incarne mieux l'Amérique que Nancy Pelosi par exemple...). En revanche, si John McCain venait à décéder, son CV serait plutôt léger. Il faudra dans ce cas, qu’elle soit bien entourée. Ceci étant, la plupart du temps, les Présidents américains ont toujours su bien s'entourer. M. Reagan n'était pas un « intellectuel », pourtant il a choisi une équipe remarquable. Sarah Palin pourrait faire de même, en de telles circonstances.

lundi 16 juin 2008

Les Entretiens de REU : François Durpaire, historien et universitaire

A l’occasion de la victoire de Barack Obama aux primaires démocrates, Regard sur les Etats-Unis est allé à la rencontre de François Durpaire, co-auteur de la première biographie en français sur le candidat (« L’Amérique de Barack Obama » avec Olivier Richomme aux éditions Demopolis). Spécialiste des questions relatives à la diversité culturelle aux Etats-Unis et en France, François Durpaire est chercheur associé au Centres de Recherches d’Histoire Nord-Américaine de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et cofondateur de l’Institut des Diasporas Noires Francophones.
Au cours de cet entretien, François Durpaire revient sur les raisons de la victoire de Barack Obama lors des primaires démocrates et fait le point sur les prochaines échéances électorales américaines.
(Interview réalisée mardi 10 juin 2008)
REU : Alors que la campagne des primaires démocrates touche à sa fin, pensez-vous que Barack Obama puisse avoir des difficultés à unifier le parti autour de sa candidature ? Et bien qu’il se défende d’être élitiste, que pensez-vous de sa capacité à convaincre les électeurs ayant voté en faveur d’Hillary Clinton comme les cols-bleus ou les hispaniques ?
F. Durpaire : Alors tout d’abord je tiens à préciser que pour le moment, Barack Obama n’a pas été officiellement investi (tout comme John McCain). En effet, l’investiture officielle n’aura lieu que lors de la convention du parti démocrate.
En ce qui concerne l’unification du parti, je peux vous dire de part mon regard d’historien, que la situation est identique tous les quatre ans depuis que les primaires existent. La première tache d’un candidat qui vient de gagner la course aux délégués est d’unifier le part. Il y a quatre ans, c’était d’ailleurs la même chose avec John Kerry et Howard Dean. L’existence même des primaires illustre que le candidat investi devra rassembler toutes les voix de son parti à l’issue du processus électoral.
Mais pour revenir précisément à votre question, il est vrai qu’il existe des éléments de permanence et des éléments d’évolution. La campagne des primaires a été particulièrement dure entre Hillary Clinton et Barack Obama. On a eu un électorat très compartimenté. Les femmes, les latinos et les ouvriers blancs votaient plutôt pour Hillary Clinton alors que les élites, les afro-américains et les jeunes penchaient davantage en faveur de Barack Obama.
Mais l’unification du parti passe aussi par le choix de son colistier. Ce colistier qui pourra devenir vice-président n’aura que très peu de pouvoirs en temps que tel (article 2 de la Constitution des Etats-Unis). Mais il est extrêmement utile en termes d’image. A titre d’exemple, lorsqu’on est issu d’un Etat du Nord-Est des Etats-Unis, on essaiera de choisir un colistier issu d’un Etat du Sud. Cela permet de corriger son image. Mais lors de cette élection, le choix du colistier ne va peut-être pas se jouer en termes de géographie, mais davantage en termes d’identité. Barack Obama pourrait choisir un colistier qui lui permettrait de remporter les voix des ouvriers blancs.
Pour unifier le parti, les discours auront de l’importance. Et là ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la dynamique des élections générales n’est pas celle des primaires. A titre d’exemple, un ouvrier blanc séduit par les discours d’Hillary Clinton ne penchera pas obligatoirement en faveur de John McCain lors de l’élection présidentielle. En effet vis-à-vis du thème de l’assurance santé, certains commentateurs avaient jugé que la sénatrice de New York était plus convaincante que Barack Obama. Mais quelques semaines plus tard, ces mêmes personnes peuvent trouver le discours d’Obama largement plus persuasif que celui de John McCain.
En ce qui concerne son image élitiste, il est très difficile de savoir s’il parviendra à corriger son image. Cette étiquette est d’ailleurs très largement injuste car il est de loin le candidat qui est issu de la famille la plus modeste. Mais pour remporter l’élection présidentielle, la correction de son image demeure un préalable indispensable.
REU : Comment expliquez-vous que Barack Obama ait pu s'imposer dans ces primaires démocrates, alors qu'Hillary Clinton disposait de l'appui des plus grands noms du parti ?
F. Durpaire : Cette situation s’explique de deux manières.
Tout d’abord, la première raison résulte de son organisation de campagne. Barack Obama était l’outsider de ces primaires démocrates. Néanmoins, dès l’origine il a organisé sa campagne sur la durée. Son chef de campagne, David Plouffe, était en Caroline du Nord dès le mois de février alors que cet Etat tenait ses élections que le 6 mai. Cette organisation avait été critiquée à l’époque. A l’inverse, Hillary Clinton avait prévu une campagne relativement courte, qui devait s’achever lors du Super Tuesday.
De plus, Barack Obama s’est dès le début (lorsqu’il devient sénateur en 2005) entouré des gens les plus compétents alors qu’Hillary Clinton a privilégié les personnes les plus loyales au clan Clinton.
Par ailleurs, Barack Obama a inventé de nouvelles recettes pour faire de la politique. Il s’agit de la première véritable cyber-campagne (avec ses fameux 1,6 millions de petits donateurs). Howard Dean avait essayé il y a quatre ans mais la campagne de 2008 a pris une dimension particulière. Plus de la moitié des fonds de sa campagne sont issus de donations sur son site internet. La plupart de ces dons étaient inférieurs à 200$. Il a donc réussi à battre sa rivale au niveau de la levée de fonds, qui est en réalité le nerf de la guerre. Mais il faut bien comprendre que cette cyber-campagne ne remplace pas les autres médias. En effet si internet sert à lever des fonds, c’est sur les chaines de télévisions qu’ils sont pour la plupart dépensés. Internet est simplement devenu un média complémentaire.
Autre élément nouveau, Barack Obama a décidé de ne pas accepter l’argent des lobbys. Cette innovation a été reprise il y a quelques jours par le comité national démocrate. Désormais, les lobbys ne financeront plus la campagne pour l’élection présidentielle. Cet élément novateur permettra au candidat de faire campagne de manière totalement indépendante.
La deuxième raison de sa victoire réside dans le choix du thème de campagne de Barack Obama. En s’affichant comme le candidat du changement, il est parvenu à transformer l’un de ses handicaps en un atout. En effet, le sénateur de l’Illinois a dès le départ affirmé qu’il ne connaissait pas tous les rouages de Washington. Bien qu’il soit relativement peu expérimenté, il connait suffisamment le système politique à Washington pour savoir qu’il faut le changer. Mais lorsqu’Hillary Clinton mettait en avant son inexpérience, elle a commis une erreur car le changement aux Etats-Unis paie beaucoup plus que l’expérience.
Hillary Clinton s’est elle-même placé en position d’outsider. Alors qu’il n’y avait ni vice-président, ni président, qui se présentaient, elle s’est placé toute seule en position ne candidate sortante. Au début de la campagne des primaires, tout le monde se demandait ce qu’allait devoir faire Barack Obama pour déstabiliser la candidate naturelle du parti, pourtant au bout de plusieurs semaines, il n’avait plus rien à faire. C’est Hillary Clinton qui l’a attaqué en premier. Or on n’attaque pas un outsider lorsque l’on est favori
En résumé, on peut dire que Barack Obama a su se démarquer mais qu’Hillary Clinton lui a facilité la tache.
REU : Qui est vraiment Michelle Obama, quel rôle essentiel a-t-elle joué dans sa campagne ? Quel rôle aura-t-elle en cas de victoire de Barack Obama à la présidentielle ?
F. Durpaire : En ce qui concerne le rôle de Michelle Obama dans la campagne de son mari, on peut dire qu’elle a joué un rôle essentiel. Son appui a été déterminant pour amarrer à sa campagne le vote afro-américain. Michelle Obama est une femme de qualité. Elle a fait ses études à Princeton et à Harvard et a la même formation que son mari. Elle est afro-américaine et issue d’une famille ouvrière de la région de Chicago.
Initialement Barack Obama n’était pas le favori de l’électorat afro-américain et alors qu’il faisait campagne dans des Etats comme le Nevada (qu’il a d’ailleurs perdu), sa femme faisait campagne en Caroline du Sud (où environ 40% de l’électorat est d’origine afro-américaine). Elle a fait campagne en rappelant qu’ils constituaient une famille afro-américaine et a donc contribué à corriger l’image de métis élitiste de son mari. Elle a notamment prononcé plusieurs discours importants. Alors que certains commentateurs n’ont retenu que les propos qu’elle a pu tenir à l’emporte pièce à l’égard de son mari, il faut aller voir ses discours publié sur internet. Ce sont des discours politiques très bien construits. Le rôle de Michelle Obama a donc été fondamental pour convaincre l’électorat noir des Etats du Sud. Sans l’appui de ces Etats, Barack Obama n’aurait jamais pu remporter les primaires.
Pour ce qui est de l’avenir, il est très difficile de le prédire. Ce que l’on peut en revanche préciser, c’est l’importance pour Barack Obama de donner cette image de famille unie. C’est un père de famille à qui on ne connait pas de maitresse. Cet élément est très important lorsque l’on sait que beaucoup de familles américaines sont des familles recomposées. De plus, ils sont afro-américains et environ la moitié des familles afro-américaines sont monoparentales. L’image d’unité familiale est donc fondamentale.
REU : En ces temps de crise, les américains placent l’économie au centre de leurs préoccupations, quel est le programme économique du candidat ? Est-il en faveur de programmes traditionnels d’aide sociale ou a-t-il un programme spécifique destiné à augmenter le pouvoir d’achat des classes moyennes ?
F. Durpaire : Et bien les deux.
Son programme était d’ailleurs pratiquement le même que celui d’Hillary Clinton. L’un des atouts les plus précieux de Barack Obama est d’être un démocrate. En effet, on se situe dans une période où les américains disent qu’ils vont voter sur les questions économiques et sur les questions d’assurance santé. En ce qui concerne ce dernier point, Barack Obama est en faveur d’un système d’assurance santé universel. Il ne souhaite pas instaurer un système obligatoire comme le souhaitais Hillary Clinton mais on pense qu’il pourrait reprendre une partie de son programme pour tendre vers ce type de système. Cette avancée permettrait d’unifier plus facilement le parti autour de sa candidature.
John McCain quant à lui, a une politique économique fidèle à l’orthodoxie républicaine. Il propose de baisser les impôts tout en limitant les dépenses publiques. Barack Obama compte au contraire proposer des bourses pour les étudiants en étude supérieures par exemple. On aura donc deux programmes économiques très contrastés. Le choix des électeurs sera donc clair. En ce sens c’est une chose plutôt favorable à la démocratie.
Mais il faut tout de suite ajouter que les Etats-Unis ont un régime présidentiel et non parlementaire. Les programmes comptent mais les personnalités des candidats jouent un rôle très important. Même s’il y a fort à parier que les démocrates vont remporter les élections législatives, pour ce qui est de l’élection présidentielle c’est beaucoup plus compliqué. En effet, on oublie souvent qu’il y aura des élections au Congrès : 1/3 des sénateurs et la totalité des représentants seront renouvelés. Mais pour ce qui est de l’élection présidentielle, tout dépendra de la personnalité des candidats. Quand je parle de personnalité, je ne sous-entends pas qu’il s’agira d’une campagne entre un candidat blanc et un candidat noir, un candidat wasp et un candidat issu des minorités. En effet, s’il on se penche sur les interventions télévisées des candidats, on se pose la question de la primauté raciale sur l’identité générationnelle. Les américains vont avoir le choix entre un « père » et un « fils ». Leur différence d’âge est de 25 années. John McCain se présente comme un protecteur des Etats-Unis contre les terroristes grâce à son passé d’ancien combattant du Vietnam, alors que Barack Obama va vouloir aller de l’avant comme avait pu le faire Kennedy : les Etats-Unis sont un peuple relativement jeune qui doit faire le choix de l’audace et aller de l’avant. Vous voyez qu’on en fait beaucoup sur la question raciale alors que la question générationnelle va peut-être primer.
REU : Dans une précédente interview vous expliquiez que la plus grande difficulté pour Barack Obama serait de remporter l’investiture du parti démocrate contre Hillary Clinton, et qu’en ce qui concerne l’élection générale le bilan des républicains était tellement lourd que vous ne les voyez pas gagner en novembre prochain ; six mois après, pensez-vous toujours que les démocrates ont de grandes chances de l’emporter ?
F. Durpaire : Oui je pense que les démocrates ont de grandes chances de l’emporter cette année au Congrès. En effet, en ce qui concerne l’élection législative seuls les programmes comptent. Mais en ce qui concerne l’élection présidentielle Barack Obama aura l’avantage d’être démocrate néanmoins il faudra faire attention à la question de la personnalité car comme je vous l’expliquais nous nous situons dans un régime présidentiel. Cette précision nuance les propos que j’ai pu tenir lors de cette précédente interview.
Par ailleurs, la dimension prédominante aux Etats-Unis est la dimension locale. On peut être en tête des sondages nationaux jusqu’à la fin pourtant il est indispensable de se concentrer sur les dynamiques locales. Comme habituellement, l’élection présidentielle va se jouer en Pennsylvanie, en Ohio et en Floride (dans les « Big Three »). Il y a 8 ans, l’un des candidats avait remporté plus de voix que son adversaire mais il avait perdu la Floride et donc l’élection générale. Barack Obama ne s’y était pas trompé en prononçant son discours de victoire lors de la dernière élection, dans le Minnesota. En effet, le Minnesota est un Etat en balance qui vote démocrate mais qui a failli pencher du côté républicain lors de la dernière élection. Cela s’est joué à 3%. Le Minnesota est également l’Etat choisi par les républicains pour tenir leur convention. C’était une manière pour Barack Obama de « marquer en quelque sorte son territoire ». De plus s’il on regarde ses visites depuis sa victoire aux primaires, les ¾ des Etats visités sont des Etats en balance. Cette dimension locale rend les pronostics très difficiles.
Mais lors de l’élection, ce sera aussi Obama contre Obama. En effet, le sénateur de l’Illinois est relativement inconnu. Les gens ne connaissent pas très bien sa vie. On parle beaucoup de lui mais on ne le connait que par sa biographie. Les gens ne l’ont pas vu agir pendant des années. Il est nouveau dans le paysage politique américain. Ce handicap a été transformé en atout par Barack Obama qui se présente désormais comme le candidat du changement.
Donc je le répète, Barack Obama est le favori dans cette campagne mais il existe un certain nombre d’inconnues pesant sur l’élection. C’est donc une élection à suspens.
REU : Il y a quelques jours, une conférence était organisée à Science-Po intitulée « L’effet Obama en France ». Comment expliquez-vous l'engouement des étrangers à l'égard de Barack Obama ?
F. Durpaire : Il y a deux raisons à cela.
Tout d’abord, il faut préciser que ce qui assure le succès d’Obama à l’étranger est identique à ce qui assure son succès aux Etats-Unis. On dit de lui qu’il est une sorte de « caméléon ». C'est-à-dire qu’il plait à chaque frange de l’électorat américain et de l’opinion à l’étranger. Du côté de la France, c’est exactement la même chose : la gauche l’apprécie car il est situé à gauche du parti démocrate, les minorités visibles le soutiennent car il représente le symbole de l’ascension d’un noir, et ceux qui souhaitent une société unifiée font valoir qu’il tient des discours post-communautaires. En résumé chacun se retrouve dans la candidature de Barack Obama. Il a une dimension universelle.
Le deuxième élément réside dans le fait qu’il a une dimension particulière qui plait à l’étranger. Dans ces discours, Barack Obama met l’accent sur sa dimension internationale, ce qui est plutôt rare dans l’histoire américaine. Ce n’est d’ailleurs pas nécessairement un atout pour remporter les élections américaines. En ce qui concerne la diplomatie, Barack Obama explique qu’il est nécessaire de corriger l’image des Etats-Unis à l’étranger. Il parle beaucoup des relations de son pays avec le monde alors que sa rivale démocrate n’en a pratiquement pas parlé. De plus Barack Obama a vécu à l’étranger et est né à Hawaï. Il a souvent voyagé et a une partie de sa famille à l’étranger. C’est donc une personnalité internationale. Et il le dit lui-même lorsqu’il fait référence à ses fêtes de famille : nos fêtes ressemblent aux Nations-Unies. Il n’est pas très courant dans champ lexical des candidats américains de prendre comme référence l’ONU. Al Gore qui est désormais une personnalité reconnue à l’étranger n’est pas forcément reconnu de la même manière aux Etats-Unis. Mais il faut bien reconnaitre que Barack Obama intéresse beaucoup de personnes à l’étranger.
Cet intérêt a d’ailleurs commencé très tôt en France. Il a eu sa biographie traduite en Français il y a quelques mois. Tous les candidats à l’investiture n’ont pas leur biographie traduite dans une langue étrangère plusieurs mois avant leur investiture. Barack Obama a donc une particularité indéniable.

vendredi 30 mai 2008

Les Entretiens de REU : Frédéric Salmon, cartographe et spécialiste en géographie électorale

Cette semaine, Regard sur les Etats-Unis est allé à la rencontre de Frédéric Salmon, spécialiste en géographie électorale et auteur de l’Atlas historique des Etats-Unis de 1783 à nos jours (Editions Armand Colin). M. Salmon travaille notamment pour l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.
Afin de bien comprendre les enjeux électoraux de l’année 2008, Regard sur les Etats-Unis souhaitait faire le point sur quelques aspects de la démographie américaine. Nous voulions également analyser les raisons du double échec des démocrates lors des élections présidentielles de 2000 et de 2004.
De nombreuses autres cartes sont disponibles sur le site internet de Frédéric Salmon.
REU : Quelles sont les principales minorités de la population américaine ?
F. Salmon : Selon les données de 2006, voici les principales minorités de la population américaine :
- Hispaniques totaux : 44 321 038
dont les Hispaniques "blancs" (en réalité plus ou moins métissés d'Indiens) : 41 001 760
- Noirs (y compris Hispaniques) : 38 342 546
- Asiatiques et Océaniens (y compris Hispaniques) : 13 688 161
- Deux races ou plus (y compris Hispaniques): 4 718 669
- Amérindiens, Esquimaux, Aléoutes (y compris Hispaniques) : 2 902 851
En 2000, selon la définition de 2006 (c'est-à-dire en répartissant les "Autres races", qui n'étaient en réalité que des Hispaniques n'ayant pas répondu « Hispanique » à la question posée, entre les différentes races) :
- Noirs (y compris Hispaniques) : 35 704 124
- Hispaniques totaux : 35 305 818
dont Hispaniques "blancs" (en réalité plus ou moins métissés d'Indiens) : 32 529 000
- Asiatiques et Océaniens (y compris Hispaniques) : 11 051 799
- Deux races ou plus (y compris Hispaniques) : 3 897 680
- Amérindiens, Esquimaux, Aléoutes (y compris Hispaniques) : 2 663 818
REU : Quelles sont les évolutions actuelles ? Certaines minorités augmentent-elles plus rapidement que d'autres ?
F. Salmon : Après une montée en flèche des Asiatiques et des Amérindiens, ce sont aujourd'hui et dans l'ordre : les Hispaniques, les Asiatiques et les métis qui augmentent le plus vite, loin devant les Amérindiens et les Noirs.
Les Hispaniques ont doublé les Noirs, quantitativement. Les Noirs l'ont d’ailleurs plutôt mal vécu, car ils ont perdu par ce fait même, leur statut de minorité la plus à plaindre (position dans laquelle ils s'étaient installés psychologiquement et médiatiquement depuis les années soixante).


Au début, il n'y eut qu'un antisémitisme affiché par quelques leaders noirs. Avec cet événement tout statistique, le ressentiment des Noirs contre toutes les autres minorités s'est accru, tout au moins chez les Noirs des villes (ceux du vieux Sud [hors delta du Mississippi] sont trop installés dans la vie rurale pour être atteints par ce phénomène). L'attitude de trop de responsables noirs a par exemple coûté à Barack Obama le vote des Hispaniques. Ce dernier a bien pris soin de ne pas tomber dans ce travers, mais son passé l'a malheureusement rattrapé, et jouera contre lui jusqu'au bout.
REU : Dans un tout autre sujet, comment expliquez-vous le double échec des démocrates aux élections présidentielles de 2000 à 2004 ?
F. Salmon : En 2000, le sort a joué contre Al Gore par le simple jeu de la taille des États gagnés par les uns et par les autres. Al Gore est arrivé en tête dans 20 Etats et le District de Columbia. Il a obtenu 266 mandats de Grands Electeurs (sur un total de 538). George W. Bush est arrivé en tête dans 30 Etats et a obtenu 271 mandats. Les démocrates sont désormais un parti politique plutôt urbain. Mais il n’en a pas toujours été le cas. Les démocrates sont arrivés en tête dans un minimum d’Etats, alors qu’ils dépassaient 50% des suffrages exprimés. Mais les mandats correspondant aux sièges de sénateurs ont logiquement joué contre eux et en faveur des républicains.



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En effet, le Congrès se compose de deux chambres : le Sénat et la Chambre des Représentants. Le Sénat accorde deux sièges électifs à chaque Etat, quelle que soit sa taille. Pour les membres de la Chambre des Représentants, les sièges sont répartis à la proportionnelle. Les mandats des Grands électeurs sont attribués aux sénateurs et aux membres de la Chambre des Représentants. En 2000, Al Gore avait remporté 224 mandats de Grands électeurs correspondant aux membres de la Chambre des Représentants, contre 211 pour George W. Bush. Ces mandats étant répartis à la proportionnelle, Al Gore avait remporté les suffrages populaires. Pourtant, du fait du faible nombre d’Etat remportés, il a perdu à cause des mandats correspondant aux sièges de sénateurs.
De surcroît, Al Gore manquait tellement de charisme à l'époque qu'il n'a même pas gagné son propre État, le Tennessee, chose presque unique dans l'histoire des présidentielles américaines !
En 2004, John Kerry ne pouvait gagner. Son statut d'intellectuel le frappait d'un handicap majeur dans un pays qui ne respecte pas davantage ce statut qu'un autre mieux, qui s'en défie quand le pays est aux prises avec un conflit extérieur, alors que le 11 Septembre était encore dans toutes les mémoires. Son colistier l'a empêtré et non aidé.

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En effet, les démocrates ont perdu le Sud profond dans les années soixante parce que les démocrates du Sud étaient des conservateurs (le mot est faible!) et qu'ils n'acceptaient pas la tournure de la politique de l'administration de Lyndon Baines Johnson. Autant John Fitzgerald Kennedy avait pu l'emporter (de justesse) grâce à un colistier du Sud conservateur (Lyndon B. Johnson, du Texas), autant le colistier "gauchiste" (John Edwards) de Caroline ne pouvait l'épauler dans sa conquête de la Maison Blanche.
Soit il faut être du Sud, soit il faut un colistier capable de rallier ce "Splendid South" (donc conservateur) quand on est démocrate. Jimmy Carter et Bill Clinton étaient du Sud, ils pouvaient et ont donc gagné. Al Gore manquait par trop de charisme; John Kerry était du Massachusetts et avait un colistier certes du Sud mais pas assez conservateur: ils ont donc perdu.
REU : M. Frédéric Salmon nous a fait parvenir une carte relative aux primaires. Une manière d’illustrer la profonde division des électeurs démocrates :
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vendredi 23 mai 2008

Les Entretiens de REU : Ted Stanger, journaliste et écrivain américain

Pour ce troisième entretien, Regard sur les Etats-Unis est allé à la rencontre de Ted Stanger. Journaliste et écrivain, Ted Stanger a fait ses études à l’Université de Princeton et à la Sorbonne. Il fut le directeur des bureaux de l’hebdomadaire Newsweek à Bonn, Rome, Jérusalem puis Paris. Depuis près de 15 ans, il a posé ses valises en France et publié plusieurs ouvrages sur les Etats-Unis et son pays d'accueil. Son dernier ouvrage « Sacré Maison-Blanche ! » vient d’être publié aux Editions Michalon.
REU : Dans votre dernier ouvrage, vous vous placez en tant qu’observateur critique de la politique américaine, quelles sont les principaux reproches que vous adressez à l’égard du système électoral américain ?
T. Stanger : C’est tout d’abord le manque de transparence. En effet, aux Etats-Unis nous n’avons malheureusement pas une loi électorale unique mais une cinquantaine de lois disparates. Les règles électorales diffèrent en fonction des communes et des comtés. Cela affecte l’équité du système électoral dans son ensemble.
Deuxièmement, il faut préciser qu’il y a beaucoup de manigances dans la politique américaine. Les hommes politiques interviennent beaucoup pour contrôler voire décourager le vote des électeurs. En particulier, le parti républicain traine une longue tradition manipulatrice. Il a pu décourager les votes de certaines couches populaires de la population américaine. En effet, les membres du parti républicain estiment avec raison, que cette catégorie de la population est plus favorable au parti démocrate. C’est pour cette raison qu’ils mènent toutes sortes d’actions qui ne sont pas forcément illégales, mais qui peuvent décourager les électeurs. Par exemple en plaçant un policier à l’entrée du lieu où se déroule le scrutin. En effet et à titre d’exemple, dans certaines familles d’origine afro-américaine, il y a souvent un des membres qui a fait de la prison où qui est actuellement incarcéré.
Dernièrement, il y a eu une tentative d’instauration de vérification de la nationalité américaine avant le vote. Ceci peut poser de nombreux problèmes aux Etats-Unis. En France, l’acte de naissance est disponible assez facilement. En Amérique, il peut être difficile d’obtenir son acte de naissance si on n’habite loin de notre lieu de naissance (dans un Etat éloigné par exemple). Cette tentative illustre encore une fois, les tentatives destinées à empêcher les couches populaires d’aller voter.
REU : Lors d’un précédent ouvrage (Sacrés Américains !) vous décriviez déjà la complexité du système électoral américain, pensez-vous que celle-ci porte atteinte au caractère démocratique de l’élection ?
T. Stanger : C’est certain, oui. En effet, moins il y a de gens qui se déplacent pour aller voter, moins il y a de démocratie. En réalité, beaucoup d’américains ne sont pas forcément mécontents de ce système électoral. Une certaine couche de la population américaine est assez mobile. Certaines personnes déménagent de deux à trois fois par an. Certains d’entre eux ne votent pas voter par désobéissance civique. Quelques personnes ne souhaitent pas être appelé par exemple, pour participer à un jury populaire. Les électeurs estiment que si ces personnes ne votent pas, ce n’est pas grave en soit. Seules les personnes réellement impliquées ayant un certain civisme iront voter.
De plus, le jour du vote pour l’élection présidentielle sera un mardi, qui est un jour ouvrable. Beaucoup de personnes n’auront pas la possibilité ou le temps d’aller voter. Cette manière de filtrer les électeurs est très efficace. Alors qu’en France le taux de participation atteint généralement 60%, ce chiffre serait considéré comme anormalement élevé aux Etats-Unis pour une élection présidentielle.
REU : Selon-vous les superdélégués démocrates pourraient-ils accorder leur confiance à Hillary Clinton en dépit du vote populaire ?
T. Stanger : Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de précédents. La situation est totalement inédite. C’est tout simplement la première fois dans l’histoire américaine que les primaires sont utilisées pour vraiment départager les candidats. Lors des précédents scrutins, il suffisait de gagner dans les premiers Etats pour parvenir à décourager les autres candidats. En général, dès la mi-février, mi-mars, les autres candidats s’étaient désistés. Le système des primaires n’a pas été conçu pour départager les candidats qui obtiennent des résultats aussi serrés ou lorsqu’un des candidats insiste pour rester en course.
En plus de cela, les démocrates utilisent le système de la proportionnelle. Pour prendre un exemple concret, si un candidat démocrate gagne 55% des voies en Californie, il obtiendra environ 55% des délégués. Les résultats populaires très serrés se répercutent sur la répartition globale des délégués.
Le parti républicain n’a pas opté pour ce système là. Lorsqu’un candidat républicain remporte la majorité des voies en Californie, il obtient la totalité des délégués de l’Etat. Ce système a le mérite de départager plus rapidement les candidats. C’est ce type de système qui est utilisé pour l’élection générale de novembre.
REU : Vous sous-entendez avec humour dans votre ouvrage (Sacrés Américains !) que les américains déplorent l’affrontement entre les deux principales formations politiques, pourtant certains candidats se présentent sous les couleurs du parti libertarien ? Quelle est la véritable influence de ce parti dans la vie politique américaine ?
T. Stanger : En règle générale, les autres partis politiques ne jouent aucun rôle dans le jeu politique présidentiel aux Etats-Unis (et encore moins en ce qui concerne les autres élections). Les deux grands partis, en étant de vastes rassemblements, monopolisent la vie politique américaine.
Cependant, les deux grands partis ne sont pas des partis politiques au sens français du mot. Ce sont davantage des rassemblements. Au sein du parti démocrate, on trouve des conservateurs aussi conservateurs que certains membres du parti républicain et inversement. Ces partis politiques regroupent une variété de courant de pensée. Cette flexibilité idéologique explique à elle seule, la longévité de ces deux formations.
Il existe parfois un troisième candidat voire un quatrième qui peut troubler le jeu politique, mais le système électoral américain qui attribue un grand nombre de grands électeurs à celui qui obtient le plus de voies dans un Etat, à tendance à minimiser le rôle de ces candidats outsiders.
REU : Vous dénonciez les fraudes électorales lors de l’élection et de la réélection de George W. Bush, y a-t’il eu une amélioration du système électoral en 4 ans où risque t’on de voir se reproduire les mêmes incidents ?
T. Stanger : Non, depuis l’an 2000 il y a eu très peu de changement. En réalité le système électoral a été légèrement modernisé mais il reste tout de même de nombreuses manières différentes de voter : alors que dans certaines régions on vote en faisant son choix sur bulletin papier, certains bureau de vote sont équipés de machines électroniques. Chaque ville, chaque circonscription et chaque comté décident du système à utiliser.
Mais le principal problème réside dans le fait que les deux grands partis politiques ne souhaitent pas réformer ce système car ils ne s’y retrouvent pas, en quelque sorte. En plus de cela, nous n’avons pas de gens particulièrement bien préparés et formés pour l’organisation des élections. En France, il s’agit du Ministère de l’Intérieur qui supervise les élections. Aux Etats-Unis ce n’est pas le cas et le système est beaucoup plus compliqué.
Le système électoral américain se prête à des fraudes aux conséquences non négligeables. A titre d’exemple, même Jimmy Carter (qui a obtenu un prix Nobel de la Paix pour avoir supervisé des élections démocratiques dans des pays en voie de développement) a affirmé qu’il ne pourrait pas faire ce travail de supervision aux Etats-Unis. Le système électoral manque énormément de transparence.
Par conséquent, on peut considérer qu’il y a de la « triche » aux Etats-Unis. En principe, cette « triche » est relativement négligeable, mais dans certains cas (comme on a pu le voir en l’an 2000) cela peut tout changer. La même situation pourrait se répéter en 2008.
REU : Selon vous, le soutien affiché de John Edwards est-il un appui de poids à la candidature de Barack Obama ? Un ticket Obama / Edwards est-il envisageable ? (l’entretien a été réalisé le 16 mai 2008, depuis John Edwards a affirmé ne pas vouloir être le colistier de Barack Obama)
T. Stanger : A mon avis, un ticket Obama / Edwards n’est pas envisageable. Tout simplement parce qu’aux Etats-Unis, c’est un peu la limite de se présenter une fois à la vice-présidence. Dans le cas d’un échec, les candidats n’ont pas l’habitude de se représenter à nouveau. Cela s’apparenterait à une forme d’humiliation. De plus, je pense que John Edwards ne le souhaiterai pas.
Mais ce n’est qu’une supposition. Il peut parfois y avoir des accords entre les candidats.
Mais d’une manière générale, il faut savoir que le poste de vice-président est relativement inexistant aux Etats-Unis. Le vice-président est le président du Sénat, point final. Ce n’est que dans l’hypothèse ou le Président décide de lui déléguer certaines taches qu’il verra son rôle renforcé. Mais c’est vrai que depuis quelques années, le vice-président n’a plus un rôle honorifique. Par exemple, Bill Clinton avait confié plusieurs taches à Al Gore. De plus, Richard Cheney (l’actuel vice-président) a lui aussi eu un rôle assez important au sein de l’administration Bush, probablement à cause des faiblesses de l’actuel Président.
REU : En cas de victoire de Barack Obama à l’investiture du parti démocrate, quelles seront les reconversions possibles pour Hillary Clinton ? Certains parlent déjà d’une candidature lors des prochaines élections présidentielles, est-ce envisageable ?
T. Stanger : Il est évident que les spéculations vont bon train en ce moment à propos du destin d’Hillary Clinton. Elle est donnée perdante par pratiquement la totalité des analystes aux Etats-Unis. Dans son intérêt et selon les dernières rumeurs, Hillary Clinton souhaiterait la défaite de Barack Obama au mois de novembre. En effet, dans cette hypothèse, elle pourrait se représenter au mois de novembre contre John McCain qui aurait alors 76 ans !
Néanmoins, je pense qu’Hillary Clinton préfèrerait clairement se présenter en 2008, plutôt que d’attendre 4 ans. La question est de savoir si son abandon pourrait lui rapporter quelque chose ?
On parle actuellement de fait qu’elle pourrait se retourner vers Barack Obama pour effacer sa dette de campagne (environ 20 millions de $) et pourrait lui demander d’accepter d’intégrer dans son programme quelques propositions de sa campagne, comme par exemple l’universalité du système de protection sociale. Jusque là, Barack Obama ne l’a pas encore accepté.
REU : Quels sont les points forts et les points faibles de John McCain et de Barack Obama dans la perspective de l’élection présidentielle ?
T. Stanger : Tout d’abord, en ce qui concerne John McCain, il faut savoir qu’il va faire campagne comme un « vrai américain ». Ses publicités de campagne commencent d’ailleurs à aller en ce sens. C’est un Blanc, de souche américaine qui va être opposé à un candidat métis dont le père était Kenyan. Le message est clairement dirigé vers une partie de la population américaine parfois encore très raciste dans certaines régions. Certains électeurs ne souhaiteront pas d’un Président qui a vécu autant de temps à l’étranger comme Barack Obama. Tout ceci est bien entendu un peu ironique car il faut savoir que John McCain est lui-même né à l’étranger. Il est né de parents américains à l’étranger (son père était militaire).
En revanche, John McCain est incompétent sur tous les sujets relatifs à l’économie. Il le dit lui-même : il ne comprend pas l’économie nationale. Mais nul ne doute qu’il va se faire conseiller sur ce point. L’autre problème pour John McCain, c’est l’Irak. Il y a quelques jours, il a affirmé pour la première fois que s’il était élu Président, il essayera de retirer une grande partie de l’armée américaine avant 2013. Il s’agit de la première intervention du candidat en ce sens. Il s’agit d’un des problèmes les plus sérieux pour sa candidature. Cette guerre est devenue extrêmement impopulaire outre-Atlantique. Près de 60% des américains y sont désormais opposés.
Autre problème pouvant affecter sa campagne : il ne faudrait pas que les hostilités Irakiennes reprennent en octobre (juste avant le scrutin). Dans cette hypothèse, le candidat pourrait être discrédité.
Quant à Barack Obama, il possède un très grand talent d’orateur. C’est un « beau parleur » et ce n’est pas chose courante aux Etats-Unis. Il sait inspirer les gens : son parcours personnel mérite le respect. Il s’est fait tout seul. Il n’est pas issu d’une famille riche ou même d’une quelconque dynastie.
Mais les républicains vont creuser son passé politique dans l’Illinois. Ils vont l’étudier minutieusement de manière à relever les différents éléments qu’ils pourraient retenir contre lui.
Tout reste donc possible en novembre prochain.

samedi 17 mai 2008

Les entretiens de REU : Emmanuel Saint-Martin, correspondant de France 24 et fondateur de French Morning


Cette semaine, Regard sur les Etats-Unis est allé à la rencontre d’Emmanuel St-Martin, correspondant à New York de la chaine d’information internationale France 24 et fondateur du Webmagazine francophone French Morning. Il est l’auteur de « L’Irak : De la Dictature au chaos » (Milan) et co-auteur de « Ces croyants qui nous gouvernent » (Payot).
REU : Pouvez-vous nous raconter succinctement votre parcours professionnel ? Est-ce la première campagne présidentielle que vous suivez sur place ?
E. Saint-Martin : Je suis aux Etats-Unis depuis 4 ans après avoir été reporter au Point pendant 8 ans. Je suis maintenant correspondant de France 24, ainsi que fondateur d'un site destiné aux francophones des Etats-Unis : French Morning.
J'ai partiellement suivi la campagne présidentielle de 2004 (je suis arrivé au cours de l'été).
REU : Comment expliquez-vous l'engouement des médias étrangers pour cette campagne ?


E. Saint-Martin : La piètre image de George Bush partout dans le monde est un facteur important: tout le monde espère et attend un changement. Les deux fortes personnalités en course dans la primaire démocrate y sont aussi pour quelque chose (notamment bien sûr le fait qu'un Noir pourrait devenir président des Etats-Unis). Bref, un peu les mêmes raisons que celles qui font que la campagne suscite aussi beaucoup d'intérêt localement.


REU : Quels ont été, selon vous, les moments les plus forts de cette campagne des primaires ? Quel est le discours de campagne que vous avez le plus apprécié ?


E. Saint-Martin : Pour ce qui est des discours, l'avantage va incontestablement à Barack Obama, de loin le meilleur orateur. Parmi ceux qui ont marqué, on peut citer : celui qu'il a fait après sa victoire dans l'Iowa (lors du premier caucus) et celui sur la question raciale pour répondre à la controverse sur son pasteur, en mars à Philadelphie.


REU : Pensez-vous que le prolongement de la campagne des primaires a eu pour effet d'affaiblir le parti démocrate, ou a permis d'occulter la campagne de John McCain ?
E. Saint-Martin : La division (notamment sur les questions raciales, comme on l'a vu tout récemment avec les propos d’Hillary CIinton) est un sérieux problème pour les démocrates dont il est difficile de mesurer les effets dès maintenant. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer les effets bénéfiques pour les démocrates de cette campagne à rallonge.
Le taux de participation à ces primaires démocrates a battu tous les records. Beaucoup plus d'électeurs ont voté côté démocrate que côté républicain (le double environ) et même si une partie des supporters d’Hillary Clinton ne se reportent pas sur Obama, celui-ci part dans la course à l'élection générale avec plus d'électeurs dans sa musette...
La machine électorale démocrate (c'est-à-dire l'organisation sur le terrain, cruciale dans les élections américaines) va aussi bénéficier de cette campagne des primaires. Il y a des permanents, des volontaires qui ont travaillé sur le terrain dans quasiment tous les Etats, avec des listes d'électeurs très complètes. Tout cela sera utile pour novembre. McCain, lui, n'a pas fait ce travail dans nombre d'Etats où il n'avait plus d'opposants quand les primaires ont eu lieu. L'argent entré dans les caisses d'Obama grâce à la campagne des primaires est un autre avantage logistique considérable.
REU : Depuis quelques semaines, les médias s'interrogent sur la reconversion des candidats en cas d'échec à l'investiture de leur parti ou à l'élection générale ; selon vous quelles fonctions pourraient occuper les prétendants actuels en cas d'échec à l'accession au pouvoir ?

E. Saint-Martin : Ils sont Sénateurs, donc ils le resteront. Si ce qui se dit sur Hillary Clinton est exact, elle visera 2012, notamment en cas d'échec d'Obama à l'élection générale.

lundi 5 mai 2008

Les Entretiens de REU : Samuel Solvit, Président du Comité français de soutien à Barack Obama

Regard sur les Etats-Unis vous propose à partir de cette semaine une nouvelle rubrique : les Entretiens de REU. Afin d’apporter quelques précisions sur des sujets particuliers, le site a décidé de donner la parole à différents intervenants pour nous éclairer sur certains points de l’actualité politique et sociétale américaine.
Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, Regard sur les Etats-Unis est allé à la rencontre de Samuel Solvit, président du Comité français de soutien à Barack Obama.
REU : Pouvez-vous tout d'abord, nous expliquer quel est le but du groupe de soutien français à Barack Obama ?
S.Solvit : Ces élections sont cruciales pour les Etats-Unis et pour le monde. Mais la raison d’un tel engagement est la candidature de Barack Obama. Evènement exceptionnel et “révolutionnaire” factuellement et symboliquement. Barack Obama propose et incarne un renouveau essentiel aux Etats-Unis et au monde. Il est le seul qui pourrait engager une réconciliation de l’Amérique avec elle-même et avec le monde, et qui pourrait sortir du néo-conservatisme de Bush vers plus de progressisme et de multilatéralisme. Avec l’impact potentiel, sur nous citoyens français, de l’élection d’un tel candidat, le Comité s’est formé pour soutenir cet homme qui pourrait changer les Etats-Unis et l’organisation actuelle du monde.


Le Comité français de soutien à Barack Obama vise à unir les voix françaises soutenant Barack Obama pour les porter aux Etats-Unis. Le Comité a également pour but de stimuler le débat français sur les élections américaines. Les nombreuses actions développées par le Comité visent à mobiliser ainsi l’opinion française et à faire l’écho de sa campagne en France. Le Comité souhaite aussi véhiculer cette opinion aux Etats-Unis afin de les sensibiliser à la légitimité, la confiance, l’espoir, la puissance et la crédibilité accordés par les étrangers au candidat Barack Obama. Mais nous souhaitons aussi transmettre le message que nous admirons une telle candidature et ce qu’elle représente, celle-ci est évidemment un exemple.


Néanmoins, nous n’avons ni la prétention ni volonté (et la possibilité bien sûr) d’occuper une place centrale dans ces élections, les membres du comité s’inscrivent dans un projet politique et une démarche de conscience civique afin de se prononcer et de soutenir, au moins moralement, Barack Obama.


(le comité est une association loi 1901)


REU : Combien de membres compte votre comité et pour quelles raisons de nombreuses personnalités ont répondu à votre appel ?


S.Solvit : Le comité regroupe des membres à travers différents réseaux. Sur Facebook, nous regroupons environ 800 personnes, sur notre listing directement du site, nous regroupons 500 personnes, et dans le comité d’honneur il y a une douzaine d’hommes politiques (de droite et de gauche), d’intellectuels, d’artistes... Chaque jour, le comité grandit et accueille de nouveaux soutiens.


Ces personnalités membres du comité d’honneur ont répondu à cet appel pour des raisons qui leurs sont propres et qui diffèrent pour chacune d’entre elles. Mais, dans l’ensemble, elles souhaitaient s’investir dans un projet politique ouvert, non partisan en France, mais positif pour la France, pour les Etats-Unis et pour le Monde. Elles voient toutes dans Barack Obama l’image d’un homme neuf qui propose à l’Amérique comme au monde un réel changement. D’autant plus que beaucoup de ces personnalités connaissent les Etats-Unis et y prêtent une attention particulière.
REU : Quelles sont les actions prévues par votre comité de soutien pour contribuer à la campagne de Barack Obama ?


S.Solvit : Le comité exprime déjà sa voix, son soutien, au nom de tous les citoyens qui en font partie. Cette action, purement immatérielle, est pourtant le nerf du comité en tant que pensée politique et vision du futur.


Plus concrètement, le comité développe des actions en France pour stimuler le débat sur ces élections, amener les gens à s’y intéresser, véhiculer les idées d’Obama. Cela aussi dans le but de mobiliser le plus de soutien possible. Nos actions : site internet, newsletters, conférence/débat en cour de préparation (probablement début juin), projet photo (des personnalités du comité d’honneur), groupe Facebook, interviews, boutique en ligne (aucun bénéfice), blog en construction...


Pour contribuer à la campagne, nous animons le débat en France et fédérons, afin notamment de porter ces voix aux Etats-Unis notamment à travers les médias.


REU : Comment expliquez-vous un tel engouement de la population et des médias français à l'égard de Barack Obama ?
S.Solvit : On parle d’Obamania comme un phénomène de mode, ce terme est abusif car il ne reflète pas l’importance de ce que porte la candidature de Barack Obama. Je pense qu’il y a 4 grandes idées qui motivent un tel engouement :


Obama incarne le changement, il est jeune et métisse. Il est dynamique et sort des clivages politiques classiques. Il permet d’espérer un renouveau dans la politique américaine après ces “années Bush” très mal perçues.


Barack Obama incarne l’ouverture. À la fois par son comportement et son ouverture, il donne à l’Amérique un visage moins fermé, conservateur et “unilatéraliste”. Face à l’hyperpuissance américaine, beaucoup sont frustrés, à juste titre, de la non-écoute des Etats-Unis.


Il a indéniablement une aura et un charisme fantastique qui séduisent. Sans démagogie, il propose et aborde la politique avec à la fois du charme, de la simplicité et de la détermination !


Barack Obama est le symbole d’une évolution culturelle et d’intégration remarquable. Dans ce cas, il y a un transfert avec la France ; notre pays n’est pas encore arrivé à une telle intégration bien que son histoire soit différente.


REU : Pensez-vous que cet engouement de la population française à l'égard de la candidature de Barack Obama puisse porter préjudice à votre candidat ?
S.Solvit : Non, s’il s’exprime judicieusement. Mais il est vrai qu’un soutien de l’opinion française pourrait être mal perçu, bien que là encore, je ne pense pas que cela influe énormément sur le scrutin.


Ainsi, afin d’être le plus bénéfique à la campagne de Barack Obama nous essayons de “militer” habilement sans choquer et sans trop s’ingérer. Le comité est français, mais nous plaçons les intérêts de la candidature, non pas sur la France, mais sur le monde (la France vient en second plan, pas en 1er plan). Par ailleurs, nous ne cherchons pas à donner des leçons. Obama serait d’abord et avant tout bénéfique aux Etats-Unis. Meilleure sera l’image des Etats-Unis, plus “tranquille” sera la planète, et cela à l’avantage des américains comme des autres citoyens.


REU : Quelles-sont les principales différences entre le programme de Barack Obama et celui d'Hillary Clinton ?


S.Solvit : Ils ont des programmes très proches, car c’est un programme du parti “démocrate”.


Mais ils se démarquent sur plusieurs points mais surtout sur leur conception de la politique. En politique étrangère, Barack Obama rompt plus fermement avec les positions américaines traditionnelles. Il est plus orienté vers la diplomatie (discussion avec l’Iran, conflit proche-oriental...) et vers moins d’unilatéralisme. Barack Obama possède une ouverture et une compréhension du monde actuel bien moins archaïque que les autres candidats. Hillary Clinton, bien que radicalement différente de Bush, resterait dans les mêmes grands axes actuels (lutte anti-terroriste, position au Proche-Orient, Amérique du sud...). Pari ailleurs, ils se différencient sur l’ALENA (accord de libre-échange nord américain), la sécurité sociale, la relance de l’économie...


Mais, le jeu actuel consiste à se différentier sur des détails. Ceux-ci sont minimes et peuvent changer radicalement dès l’élection. Je le répète, le fond du programme est proche, et ce qui compte le plus est leur conception de la politique - “Donner à deux personnes un même fusil, aucun ne s’en servira de la même manière”.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du comité : www.pour-obama.fr